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De LECOCQ À OFFENBACH par Dominique Ghesquière

En programmant cette année 2018 un ouvrage de Charles Lecocq et un autre d’Offenbach Les Délyres d’Orphée commémorent habilement et le centenaire de la mort du premier et anticipe le bi-centenaire de la naissance du second, qui sera commémoré l’an prochain !

Charles Lecocq : Le Testament de Monsieur de Crac.

Charles Lecocq, né le 3 juin 1832 à Paris, dans une famille modeste dont les revenus paternels suffisent juste à nourrir les cinq enfants du ménage, si bien que la coxalgie dont souffre Charles ne sera jamais soignée, le contraignant dès l’enfance à marcher avec des béquilles. Très tôt attiré par la musique, il en suivit l’enseignement avec succès, finançant « son » Conservatoire par le piano qu’il joue dans les bals publics. Il se met bientôt à la composition en espérant sa bonne étoile. C’est Offenbach qui la lui fait scintiller grâce au concours qu’il organise, en 1856, afin de révéler de nouveaux compositeurs. Lecocq obtient le premier prix – ex aequo avec Bizet – grâce au Docteur Miracle, présenté aussitôt aux Bouffes-Parisiens. Plusieurs années moroses s’écoulent alors pour Lecocq avant qu’il puisse trouver une scène hospitalière. Ce n’est qu’en 1866, avec son Myosotis au Palais-Royal, mais surtout avec Fleur de Thé, à l’Athénée, deux ans plus tard, qu’il s’affirme à Paris. Hélas, la guerre éclate et le compositeur part se réfugier à Bruxelles où il créera bon nombre de ses succès. Mais à Paris, le 23 octobre 1871, il présente aux Bouffes : Le Testament de Monsieur de Crac. L’intrigue fort drôle de Jules Moinaux a inspiré à Lecocq une partition pleine de verve et d’esprit… Des héritiers, une violente querelle, un puits, l’avidité d’empocher la succession des de Crac…Même Maître Chicorat, notaire, épouse la cuisinière Thibaude, convaincu qu’elle est l’unique légataire … Quel héritier peut donc bien être désigné sur ce fichu testament ?

Tout ce mystère est cultivé musicalement au rythme d’une partition très réussie dont l’un des points saillants est  « le trio de l’Epinard »…en branche, évidemment ! Quinze jours après sa création parisienne, ce Testament est ouvert à Bruxelles, avec le même succès, affirmant là-bas la personnalité musicale de Lecocq, bientôt sollicité pour une grande partition. Ainsi seront crées Les Cent vierges. Elles arriveront ensuite à Paris, en 1872, lorsqu’il fait naître alors à Bruxelles sa célèbre Fille de Madame Angot que Paris découvrira en 1873. A ce moment Charles Lecocq prend un essor, remarquable, heureux de rivaliser avec son bienfaiteur Offenbach qu’il ne cessera pourtant de détester. Le Petit duc, en 1878, constituera encore un immense succès pour l’auteur du Testament de Monsieur de Crac, qui s’éteint à Paris, le 24 octobre 1918.

Jacques Offenbach : Mesdames de la Halle

Jacques Offenbach, quant à lui est né à Cologne, le 20 juin 1819, dans une famille de musiciens. Il maîtrise si vite le violoncelle qu’à treize ans son père amène Jabob au Conservatoire de Paris. Il y reste un an, puis, après un long passage dans l’orchestre de l’Opéra-Comique, il se fait remarquer dans les salons par d’élégantes compositions. Grâce à son talent brillant et ses relations entretenues par le biais de son poste de chef d’orchestre à la Comédie-Française, il obtient, en 1855, le privilège d’un théâtre et fonde ses Bouffes-Parisiens. Petit à petit, ses succès comme les Deux aveugles ou Croquefer enracinent sa renommée et l’incitent à forcer l’impératif cadre étriqué de son cahier des charges. Il augmente le nombre de personnages en scène puis leur adjoint des chœurs : c’est précisément la nouveauté qu’il risque et réussit avec Mesdames de la Halle, le 3 mars 1858.

Armand Lapointe a imaginé un livret qui parodie les drames larmoyants, très goûtés à l’époque, avec enfants abandonnés et parents indignes… Puis, il situe son action aux Halles, alors au plein cœur de Paris : allusion aux nouveaux Pavillons de Baltard qui dévoilaient à ce moment leurs innovantes perspectives, laissant dans le passé le Marché des Innocents et sa célèbre fontaine. Enfin, dans ce décor, le librettiste imagina une charmante histoire d’amour entre la fruitière Ciboulette, toute mignonne et fraîche, avec le jeune marmiton Croûte-au-Pot, dont le minois fait soupirer, derrière leurs étals, ces dames les marchandes. Enfin ces dames… par le nom ! L’astuce irrésistible réside dans le fait qu’elles sont incarnées, jouées et chantées par des messieurs ce qui rend leurs querelles du « Carreau » bien plus drôles, surtout lorsqu’il s’agit de reconnaître l’enfant qu’elles auraient délaissé… Ajoutons Raflafla, le tambour-major dont l’empressement (financièrement intéressé) auprès de ces Beautés sans égal, va jusqu’à leur offrir des bouquets… cœur sensible et bouillant que la vérité en se révélant, rafraîchira par une chute dans un bassin d’eau.

Offenbach a composé une partition remarquable dans laquelle les airs délicieux de Ciboulette – et sa jolie valse – et ceux de Croûte-au-Pot, s’entrelacent parmi des chœurs abondants et lyriques, dignes d’un grand opéra. Le compositeur révèle ici, en cet acte unique, ce que seront ses grands triomphes à venir : Orphée aux Enfers(1858), La Belle Hélène(1864), La Périchole(1868), et combien d’autres chefs-d’œuvre qui affirmeront sa gloire et son renom. Après avoir composé bien plus d’une centaine d’ouvrages produits à l’Opéra, l’Opéra-Comique, les grands théâtres parisiens, viennois, berlinois londoniens et aux Etats-Unis, Offenbach meurt à Paris dans son appartement, 8 boulevard des Capucines, le 5 octobre 1880.

Dominique Ghesquière.